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Hommage de Gérard Autret

Gilles fut d'abord pour moi un ami ; nous nous sommes rencontrés à Paris, chez Françoise en juin 1973. Je devais quitter Paris pour aller à Toulouse. J’animais un groupe de réflexion sur Culture et Foi d'après la pensée du Père Ganne, jésuite, que son collègue François Fournier divulguait dans sa revue ; les rencontres avaient lieu chez Françoise.

Dès la première rencontre avec Gilles, nous nous sommes compris ; nous étions sur la même longueur d'ondes ; Gilles a accepté de prendre le relais dans le groupe.

On s'est revu durant l'été lors d'une marche avec le groupe qui aboutissait le 15 août au Larzac ; il a passé une journée avec nous et les liens se sont renforcés.

En 1982, j'ai rencontré Roselyne et tout de suite le courant est passé entre nous quatre.

Puis ce fut au gré des rencontres : à Paris, à Toulouse, à Saint-Palais, dans les Pyrénées, ou en voyage ensemble à Barcelone et à Naples. Chaque rencontre était l'occasion d'échanges très fructueux sur l'interculturel évidemment, mais pas que.

J'ai fait intervenir Gilles dans le cadre de la formation supérieure des travailleurs sociaux, à l'Université du Mirail et Roselyne a fait appel à lui dans le cadre de la formation des assistants de service social. Gilles savait s'adapter rapidement aux divers auditoires et était toujours à l'écoute des problématiques de chacun.

En travaillant sur la biographie de Gilles, je me suis aperçu que nous avions beaucoup de choses en commun : tout d'abord nos origines sociales : les parents de Gilles tenaient un café au Pays-Bas, les miens tenaient un café-hôtel-restaurant en Bretagne ; puis nos parcours respectifs : nous avons tous deux perdu un parent assez jeunes, Gilles, son père, moi, ma mère. Nous avons été formés lui chez les jésuites, moi chez les Assomptionnistes, dans un climat d'ouverture de l'Eglise sur le monde et nous avons été ordonnés prêtres tous deux en juin 1969, peu après le Concile Vatican II ; un renouveau se développait dans l'Eglise qui nous plaisait bien à tous deux ; malheureusement les années suivantes cela ne s'est pas poursuivi.

Notre intérêt pour les sciences humaines a fait que Gilles s'est orienté vers la sociologie et moi vers la psychologie, la psychanalyse et la psychologie sociale.

Gilles aimait approfondir la pensée d'auteurs contemporains, en particulier celle de Marcel Gauchet, philosophe, spécialiste de la réflexion sur les démocraties et l'histoire des idées ; il est aussi le rédacteur en chef de la revue “Le Débat”. Gilles a beaucoup travaillé les trois premiers volumes, publiés sur une quinzaine d'années de 1985 à 2010 ; le premier tome porte sur le désenchantement du monde paru en 1985, puis le second sur la crise du libéralisme en 2002 et le troisième sur à l'épreuve des totalitarismes en 2010. Il n'a malheureusement pas pu travailler le 4e tome qui porte sur “Où en est la démocratie aujourd'hui”, paru en janvier 2017 sous le titre “Le nouveau monde” ; il nous avait quitté en décembre 2014. Il aurait aimé ce quatrième volume, comme il avait apprécié les précédents. Marcel Gauchet insiste sur le fait que la vraie liberté n'est jamais donnée ; c'est toujours quelque chose à construire ; la démocratie ne prend pleinement son sens que si elle se prolonge dans le projet de donner à la société un visage d'humanité et de justice.

C'est ce que représentait Gilles dans sa réflexion sur l'interculturel. Notre monde contemporain a besoin de telles ouvertures, si l’on veut éviter le repliement sur soi, le retour des totalitarismes qui ne peuvent mener qu’à des guerres fratricides. Oui, la pensée de Gilles est d’une brûlante actualité et représente le seul espoir d'un avenir meilleur pour l'humanité.

Merci, Gilles pour tout ce que tu as fait : tes écrits, les formations que tu as dispensées qui correspondent bien à ce que tu étais.



Gérard Autret

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