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Itinéraire

Un itinéraire : De l’immigration à l’interculturel Je me suis intéressé aux questions de l’immigration dès 1967 lorsqu’une revue m’a demandé de préparer un numéro spécial sur les travailleurs immigrés en France. Je m’étais, en effet, intéressé au sort d’Espagnols travaillant comme charbonniers dans le département de l’Oise. Je suis allé visiter leurs familles en Andalousie.

De fil en aiguille, je me suis intéressé au sort des autres travailleurs immigrés. En France, il y avait très peu de littérature sur le thème de l’intégration, qui semblait ne poser de problème à personne, étant donné l’assimilation (à tort supposée automatique) des catégories d’immigrés précédentes (Italiens, Polonais…).

Pour mieux connaître la problématique de l’intégration, j’ai passé près de deux années à New York, travaillant avec les Portoricains et latino-américains, suivant des cours à Fordham University et visitant souvent le Center for Migration Studies des Pères Scalabriniens.

De retour en France, j’ai été membre de l’ASTI (Association de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés) de mon quartier et j’ai publié des articles de vulgarisation. Ces activités m’ont valu des problèmes de séjour, et m’ont empêché jusqu’en 1981 d’obtenir la nationalité française. Délégué par la FASTI (Fédération des ASTI) au CLAP (Comité de Liaison pour l’Alphabétisation et la Promotion) j’en étais devenu vice-président au moment où ce comité à pris l’orientation de promouvoir l’interculturel. Professionnellement, j’étais chargé de cours à l’Université de Paris XII (Créteil) dans le cadre de l’Éducation Permanente, pour la préparation des travailleurs sociaux au DSTS (Diplôme Supérieur au Travail Social).

En même temps, j’ai préparé mon doctorat 3e cycle sur la question de l’intégration des travailleurs immigrés. Ma thèse, intitulé L’intégration par l’autonomie a été publiée par le CIEMI. C’était ma première réponse à la question qui a été le fil rouge qui court à travers toutes mes publications : comment concilier l’appartenance à une culture d’origine avec la culture différente d’une société d’accueil ?


Ce travail manquait d’une analyse économique laquelle m’a été fournie par Françoise Briot avec qui j’ai écrit l’année suivante : Immigrés dans la crise.

Quelques années plus tard, j’ai organisé un colloque à l’Université de Créteil sur le thème de l’intégration dans les sociétés modernes en invitant des chercheurs suisses, néerlandais, canadiens et états-uniens pour bénéficier de l’expérience faite dans des pays ayant une autre tradition d’immigration.

L’université ne montrait pas un intérêt excessif pour la problématique qui commençait à s’appeler «l’interculturel», ce qui m’a conduit à quitter l’université et à fonder l’association « Recherches et Formation » dans le cadre de laquelle j’ai organisé de nombreux stages pour travailleurs sociaux, personnels communaux, éducateurs, personnels de santé, policiers, interprètes, gardiens d’immeubles, gardiens de prison… L’expérience acquise dans ce domaine de « l’interculturel appliqué » m’a valu d’être sollicité par le FAS (Fonds d’Action Sociale) pour écrire des guides qui devraient permettre aux professionnels de surmonter les problèmes de communication provoqués par les différences culturelles.

Depuis vingt ans je me suis donc moins investi dans les processus d’immigration pour me consacrer à la problématique de l’intégration culturelle. La problématique est devenue importante depuis l’arrivée massive de conjoints et d’enfants rejoignant le chef de famille. Mes enquêtes sur le terrain ont fait place à des études plus anthropologiques et philosophiques qui se basent cependant sur mes expériences du terrain et sur de nombreux contacts personnels. Dans les années 90 nous étions encore peu nombreux à réfléchir théoriquement sur ce qu’un livre fort connu appelait Choc de cultures (sous la direction de Carmel Camilleri et de Margalit Cohen-Émerique), et en même temps à aider les professionnels (au début surtout les enseignants, les travailleurs sociaux et les personnels de santé) à surmonter les difficultés pratiques causées par les différences culturelles. Mes deux derniers ouvrages : Penser et vivre l’interculturel et sa version didactique Manuel d’initiation à l’interculturel s’inscrivent dans cette volonté de rendre la pensée interculturelle accessible à tous ceux qui quotidiennement sont confrontés aux effets culturels des migrations et de la mondialisation.

Nous arrivons maintenant à une époque où l’interculturel n’est plus considéré comme une lubie de quelques belles âmes, ni un épouvantail pour les dirigeants politiques (qui avaient même commencé à parler de “la diversité” avant de faire marche arrière), mais une voie reconnue par toutes les organisations internationales pour arriver à une société plus humaine.

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